Je le suis donc. Les talons claquent un peu trop fort sur les pavés humides de la place, comme si mes pas essayaient de me rappeler que je suis en train de faire quelque chose d’irréfléchi. Il marche à côté de moi, pas trop près, pas trop loin, une main dans la poche de son jean, l’autre qui frôle parfois mon bras « par hasard ». Il sent bon. Pas l’eau de toilette agressive des mecs de 25 ans, non, un truc boisé, un peu fumé, qui reste.
On monte trois étages. Pas d’ascenseur. À chaque palier je me dis « tu peux encore faire demi-tour, personne ne te jugera ». Mais je continue. La porte s’ouvre sur un appartement masculin sans chichi : parquet usé, canapé en cuir noir, grande télé, quelques haltères dans un coin, une étagère avec des bouteilles qui ont l’air chères. Pas de cadres photo de famille, pas de coussins ridicules. Ça sent le célibat assumé.
Il me propose un verre. Je demande un gin, sec. Il sourit, genre « je savais que t’allais pas me demander un spritz fraise ». Il s’approche pour me tendre le verre et reste là, à trente centimètres. Il me regarde vraiment. Pas seulement les seins ou les jambes. Les yeux. La bouche. Les petites rides au coin. Ça me déstabilise plus que s’il m’avait directement mise à poil.
« T’es belle, tu sais. Pas seulement sexy. Belle. »
Je ricane nerveusement. « À 53 ans on dit plus “belle”, on dit “bien conservée”. »
Il pose son verre. Sa main glisse sur ma nuque, pouce contre la mâchoire, et il m’embrasse. Pas une langue tout de suite dans la gorge. Non. D’abord les lèvres fermées, plusieurs fois, comme s’il testait. Puis la langue arrive, lente, profonde, mais sans précipitation. Je sens mon ventre se serrer d’un coup. Pas seulement l’excitation. La peur aussi. Peur de ne plus savoir faire, peur que mon corps ne réponde plus comme avant, peur qu’il trouve mes seins un peu lourds, mon ventre pas assez plat, mes cuisses marquées.
Mais il ne s’arrête pas pour inspecter. Ses mains descendent directement sous ma jupe en cuir. Il grogne quand il sent la dentelle de la culotte et les porte-jarretelles que j’avais mis « juste au cas où » (mensonge, je les avais mis parce que ça me donnait l’impression d’être encore désirable). Il écarte le tissu, trouve que je suis déjà trempée, glisse deux doigts sans demander la permission. Je gémis dans sa bouche. C’est presque douloureux tellement ça fait longtemps.
Il me retourne d’un geste, me plaque contre le mur du salon, relève la jupe jusqu’aux hanches. Le cuir colle à la peau. Il baisse ma culotte d’un coup sec, pas jusqu’aux chevilles, juste assez pour libérer le passage. J’entends sa braguette. Pas de préliminaires interminables, pas de « tu es sûre ? ». Il sait que je suis venue pour ça.
Il entre d’un coup, jusqu’au fond. Je pousse un cri rauque, mi-douleur mi-soulagement. Il est gros. Pas monstrueux, mais assez pour que je sente chaque centimètre. Il reste immobile deux secondes, le temps que je m’habitue, puis il commence à bouger. Fort. Profond. Sans douceur de façade. Ses mains agrippent mes hanches, ses doigts s’enfoncent dans la chair. Je pose les miennes à plat contre le mur pour ne pas perdre l’équilibre.
« Putain t’es serrée… » il grogne contre mon oreille.
Je ne réponds rien. Je gémis. Je halète. À un moment je sens mes jambes trembler. Il le sent aussi. Il passe un bras autour de ma taille, me soulève presque, me pilonne encore plus fort. Le bruit de nos peaux qui claquent remplit la pièce. Je sens l’orgasme monter très vite, presque trop vite, comme si mon corps avait attendu vingt ans pour exploser.
Je jouis en criant, les ongles plantés dans le mur, les cuisses qui tremblent violemment. Il ne ralentit pas. Au contraire. Il accélère, grogne des « oui… vas-y… prends tout… » puis il se retire d’un coup, me retourne face à lui, me force à m’agenouiller.
Je comprends. J’ouvre la bouche. Il jouit presque immédiatement, des jets chauds et épais qui atterrissent sur ma langue, mes lèvres, mon menton. Une partie coule sur le chemisier noir. Je ne bouge pas. Je le regarde dans les yeux pendant qu’il finit. Il respire fort, un sourire satisfait, presque animal.
Après, silence. Juste nos respirations.
Il m’aide à me relever. Me tend un mouchoir en papier sans un mot. Je m’essuie le visage, le cou. La tache sur le chemisier est bien visible. Ça m’amuse presque.
« Tu restes dormir ? » il demande.
Je secoue la tête. « Non. Je rentre. »
Il n’insiste pas. Il me raccompagne jusqu’à la porte. Sur le palier il m’embrasse encore, doucement cette fois.
« Si t’as envie de remettre ça… tu sais où me trouver. »
Je souris. Un vrai sourire, pas forcé.
« Peut-être. »
Je descends les escaliers. Les jambes encore faibles. Le cuir de la jupe froissé. Le goût de lui encore dans la bouche. Et pour la première fois depuis des années, je ne me sens pas vieille. Pas du tout.
Juste vivante.